samedi 18 juin 2011

chance/misanthropie











Chance, fortune, privilèges, arrogance, amertume, désinvolture, ennui, misanthropie.
Chance, éducation, hauteur, culture, complexité, lucidité, mépris, dégoût, misanthropie.
Chance, beauté, fierté, élégance, contrôle, perfectionnisme, anorexie, misanthropie.
Chance, statut, prétention, obligations, pression, tourments, dépit, misanthropie.
Chance, sensibilité, dédain, imagination, incompréhension, solitude, misanthropie.

"Le bonheur est pour les gens d'une certaine catégorie"
Dostoïevski, l'idiot 


mercredi 8 juin 2011

SAPIOSEXUAL






-      Ne vous êtes-vous jamais sentie inadaptée au monde? Me demanda t-il soudainement en chuchotant presque, ne voulant pas se faire entendre des autres.

C’était une bien charmante question et ma réponse l’aurait tuée. J’ai répondu que non pour ne pas en parler d’avantage. Si cela avait été véridique, c’aurait voulu dire que je suis charismatique, que j’ai la capacité de porter ma concentration sur la même chose plus de dix minutes, que je peux continuer à aimer une chose pour laquelle je suis payée, que je ne suis pas une enfant gâtée sans intérêt pour le futur et les ambitions, qu’en tant que femme je suis une pétasse, une intellectuelle complexée ou une femme d’affaire, que j’aime cette horrible musique que l’on nous passe dans les bars, que la vulgarité est une chose que je ne remarque pas. Que j’aurais en vérité, répondu oui, parce que j’aurais alors aimé écouter les gens, et leur faire part de ma pseudo profondeur en échange.

Il ne me connaissait que depuis quelques heures, mais il savait sans doute déjà que ce n’étaient pas mes faits. Enfin, je n’en ai aucune idée, d’après tout, il aurait sans doute voulu que je réponde oui, ce qui aurait en fait voulu dire que je suis parfaitement adaptée au monde, et apte à donner ma part dans la société, il aurait ainsi pu finir dans mon lit, grâce à nos deux esprits simples. Il aurait alors été, tout aussi adapté que moi. Que moi si j’avais répondu que oui. Que oui, je me suis parfois sentie inadaptée au monde. Quelle triste ironie.

En fait, c’était une question piège.

J’aurais peut-être du répondre oui. D’après tout c’aurait été la vérité. Mais mon habitude au mensonge et ma haine de la conversation sont bien que trop profondément ancrées dans mon âme. Je ne vais pas me le cacher, l’esthétisme que la société prône est bien éloigné du mien. Et moi qui me disais superficielle.
Mais je suis superficielle, la beauté physique est selon moi qu’un reflet de l’intelligence et du raffinement de l’esprit, de la discipline intellectuelle sous toutes ses formes. Un individu de ce genre ne peut qu’être beau, qu’avoir bon goût, qu’être attirant. D’une façon différente, sans doute, qui dégoûte les simples d’esprits, obnubilés par les stéréotypes de l’opinion publique. Les artifices vulgaires, le clinquant des parvenus, ce qui brille. Comme ce qui scintillait, ce qui attire l’attention était le beau. Quel monde simple serait que celui-ci, aussi simple que l’esprit des adaptés.

Mais que suis-je devant une armée de clichés? Rien. Me voilà donc marginale. J’ai répondu que non. C’était une charmante question, je ne le dirai jamais assez. Peut-être suis-je bien naïve d’espérer qu’elle fut posée de façon désintéressée, qu’elle fut posée parce qu’il se sentait simplement seul, et qu’il a perçût en moi la même solitude. Si c’est le cas, il aura sans doute compris le raisonnement derrière mon « non » mensonger…

Et peut-être me retrouvera t-il. 


"Les hommes qui ont tant de choses à exprimer en de belles oeuvres longtemps rêvées professent un certain mépris pour la conversation, commerce où l'esprit s'amoindrit en se moyennant"
Balzac, illusions perdues

jeudi 2 juin 2011

Monsieur l'horloger






Monsieur l’horloger,


Nos retrouvailles sont une chose bien incommode, la vérité étant que, j’essaie d’éviter les sentiments que vous m’occasionnez. Malgré votre rôle de faiseur de temps, vous êtes arrivé bien que trop tard, mais je ne vous blâme pas, ni vous, ni votre ponctualité perfectionniste qui vous a fait défaut. Il y a dix-sept milles cinq-cents trente et une heures, vous auriez sans doute pu profiter de ma naïveté, qui était à cette époque à la porté de votre main minutieuse.  J’aurais d’ailleurs préféré que mes faiblesses de caractère soient noyées en votre intérêt, vous qui faite preuve aujourd’hui de presque autant de naïveté que moi, il y a dix-sept milles cinq-cents trente et une heures. Votre désintéressement m’aurait bien touché, si Lui n’avait pas marché avant vous. Mais Il est trop grand, trop fort et Il éclipse totalement l’ombre que vous auriez pu être dans mon cœur et dans mon esprit, à ses côtés.

Je ne suis plus en mesure de me permettre aucune faiblesse, aucune frivolité et si vous me voulez à tout prix, ce devra être sans mon cœur, et sans un intérêt autre que charnel. L’amour dont vous aimez me parler, n’existe que pour les gens dont la simplicité permet de donner des définitions aux sentiments et je ne dis pas cela avec l’air hautain que vous semblez m’attribuer, puisqu’au contraire, je trouve cette candeur d’une beauté virginale, et je lui souhaite longue vie sur la terre, sache t-elle un jour rafraîchir mes idées et effacer mon amertume.

J’aurais aimé savoir partager des sentiments triviaux avec vous, comme le font ces gens à qui la pensée et le raisonnement sont épargnés, mais cette catégorie m’a très vite bannie quand j’ai fait Sa rencontre et à notre rupture je me suis retrouvée très affaiblie, mais malheureusement pour vous, moi et ce que nous aurions pu être, avec une carapace endurcie. J’espère un jour pouvoir le remercier sincèrement pour cette dernière caractéristique qui est maintenant mienne, et qui m’octroie la possibilité d’être véritablement la forteresse imprenable dont j’ai toujours eu la réputation fallacieuse.

Monsieur l’horloger, votre dilemme est bien fâcheux. Vous qui fabriquez le temps pouvez peut-être créer un appareil qui saura le remonter, afin de me rendre mes rêves et mes manières d’aimer. Ou bien, d’une part plus réaliste, me concevoir un magnifique et unique apparat d’or rose qui me permettrait peut-être de racheter mes fautes et Son cœur.

 "Je demande à quiconque a aimé : Parmi toutes les horreurs de l’enfer, en a t’on jamais inventé une qui puisse entrer en comparaison avec ce qui se passe dans l’âme humaine lorsque une pareille chose arrive ?"
Alfred de Musset, la confession d’un enfant du siècle