jeudi 2 juin 2011

Monsieur l'horloger






Monsieur l’horloger,


Nos retrouvailles sont une chose bien incommode, la vérité étant que, j’essaie d’éviter les sentiments que vous m’occasionnez. Malgré votre rôle de faiseur de temps, vous êtes arrivé bien que trop tard, mais je ne vous blâme pas, ni vous, ni votre ponctualité perfectionniste qui vous a fait défaut. Il y a dix-sept milles cinq-cents trente et une heures, vous auriez sans doute pu profiter de ma naïveté, qui était à cette époque à la porté de votre main minutieuse.  J’aurais d’ailleurs préféré que mes faiblesses de caractère soient noyées en votre intérêt, vous qui faite preuve aujourd’hui de presque autant de naïveté que moi, il y a dix-sept milles cinq-cents trente et une heures. Votre désintéressement m’aurait bien touché, si Lui n’avait pas marché avant vous. Mais Il est trop grand, trop fort et Il éclipse totalement l’ombre que vous auriez pu être dans mon cœur et dans mon esprit, à ses côtés.

Je ne suis plus en mesure de me permettre aucune faiblesse, aucune frivolité et si vous me voulez à tout prix, ce devra être sans mon cœur, et sans un intérêt autre que charnel. L’amour dont vous aimez me parler, n’existe que pour les gens dont la simplicité permet de donner des définitions aux sentiments et je ne dis pas cela avec l’air hautain que vous semblez m’attribuer, puisqu’au contraire, je trouve cette candeur d’une beauté virginale, et je lui souhaite longue vie sur la terre, sache t-elle un jour rafraîchir mes idées et effacer mon amertume.

J’aurais aimé savoir partager des sentiments triviaux avec vous, comme le font ces gens à qui la pensée et le raisonnement sont épargnés, mais cette catégorie m’a très vite bannie quand j’ai fait Sa rencontre et à notre rupture je me suis retrouvée très affaiblie, mais malheureusement pour vous, moi et ce que nous aurions pu être, avec une carapace endurcie. J’espère un jour pouvoir le remercier sincèrement pour cette dernière caractéristique qui est maintenant mienne, et qui m’octroie la possibilité d’être véritablement la forteresse imprenable dont j’ai toujours eu la réputation fallacieuse.

Monsieur l’horloger, votre dilemme est bien fâcheux. Vous qui fabriquez le temps pouvez peut-être créer un appareil qui saura le remonter, afin de me rendre mes rêves et mes manières d’aimer. Ou bien, d’une part plus réaliste, me concevoir un magnifique et unique apparat d’or rose qui me permettrait peut-être de racheter mes fautes et Son cœur.

 "Je demande à quiconque a aimé : Parmi toutes les horreurs de l’enfer, en a t’on jamais inventé une qui puisse entrer en comparaison avec ce qui se passe dans l’âme humaine lorsque une pareille chose arrive ?"
Alfred de Musset, la confession d’un enfant du siècle

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