lundi 22 août 2011

Parures et autres accessoires






Mes parures sont des plus extravagantes.  Elles me valent les regards les plus méprisants, les compliments hypocrites de mes proches.

Abhorrer les airs de bien-être regorgeant de saineté est l’un de mes nombreux crimes. Esprits simples et sains, corps herculéens entretenus et calculés tels des travaux accomplis que pour en collecter les revenus, quel dégoût mêlé de rancœur. La rancœur de l’incompréhension. Quel dépit j'éprouve quand j'observe ces ces dits chef-d’œuvres sans profondeur et ces idées dépourvues de sensibilités. il est bien normal que le bonheur des idiots efface les trésors essentiels à tout art. Mais qu’y puis-je. La vulgarité doit bien me côtoyer pour en faire ressortir mes parures, l’inégalité en est d’ailleurs l’une de mes plus précieuses.

Ma faiblesse est bien le plus estimable de mes diamants, je redessine ses traits à chaque jour, quand une autre faute de goût ou de jugement m’éloigne un peu plus du monde.  Plus ma répulsion croît, plus j’entretiens mes joyaux et bien qu’une part de moi souhaite les réprimer, cacher ces riches différences, je ne peux que savourer de les voir grandir.

Oh, mais de toutes les parures de la souffrance, je regrette bien d’avoir apprivoisé la solitude. 


"Je dis mes principes, et je les dis à dessein; car ils ne sont pas, comme ceux des autres femmes, reçus sans examen et suivis par habitudes, ils sont le fruit de mes profondes réflexions, je les ai créés, et je puis dire que je suis mon ouvrage"
Laclos, les liaisons dangereuses





dimanche 14 août 2011

Chaos




  

"(...) Que c'est un fatal présent du ciel qu'une âme sensible! Celui qui l'a reçu doit s'attendre à n'avoir que peine et douleur sur la terre, vil jouet de l'air et des saisons, le soleil ou les brouillards, l'air couvert au serein règleront sa destiné, et il y sera content ou triste au gré des vents. Victime des préjugés, il trouvera dans d'absurde maximes un obstacle invincible aux justes voeux de son coeur. Les hommes le puniront d'avoir des sentiments droits de chaque chose, et d'en juger par ce qui est véritable plutôt que par ce qui est convention. Seul, il suffirait pour faire sa propre misère, en se livrant indiscrètement aux attraits divins de l'honnête et du beau, tandis que les pesantes chaîne de la nécessité l'attache à l'ignominie. Il cherchera la félicité suprême sans se souvenir qu'il est homme: son coeur et sa raison seront incessamment en guerre, et des désirs sans bornes lui prépareront d'éternelles privations."
Rousseau, la nouvelle Héloïse