samedi 24 septembre 2011

I can't get no satisfaction



Il refusa d’un ton amer, sans doute bouleversé par l’ordre extravagant de toutes mes demandes.

Mais attendri par mon désappointement son visage s’adoucit. Mon éternelle insatisfaction semblait bien le troubler. Peut-être se la reprochait-il, et si je l’ai moi-même accusé, je sais maintenant qu’il n’est pas à l’origine des défectuosités de ma nature.

« Tes désirs ne sont pas à la portée de la main humaine, et la mienne également. »

Tant de prestige et de gloire. Et c’est sans parler d’une réputation durement gagnée, d’un travail quotidien, salissant l’âme et laissant des cicatrices qu’il faut apprendre à maquiller. Tout cela pour ne se satisfaire que de ce qui est accessible au monde, du moins en rêve, quelle désillusion. Un voile de fausseté sur mon visage ne me dérangerait pas, je ne peux d’ailleurs pas nier mes artifices, mais un acharnement si peu naturel et ce que pour conserver une place dans les premiers rangs de l’humanité est un mode de vie qui me convainc bien peu.

Il m’a bien dupée, je ne lui en garde aucune rancune. Mais qu’il ne me parle plus d’ambition.

« Cependant, la conscience de mieux valoir que ces hommes atténuait la fatigue de les regarder. »
Flaubert, l’éducation sentimentale




vendredi 9 septembre 2011

the sincerity disorder





"Mon cher ami, pour moi, un homme amoureux est rayé du nombre des vivants. Il devient idiot, pas seulement idiot, mais dangereux. Je cesse, avec les gens qui m'aiment d'amour ou qui le prétendent, toute relation intime, parce qu'ils m'ennuient d'abord, et puis parce qu'ils me sont suspects comme un chien enragé qui peut avoir une crise. Je les mets donc en quarantaine morale jusqu'à ce que leur maladie soit passée. Ne l'oubliez point. Je sais que chez vous l'amour n'est autre chose qu'une espèce d'appétit, tandis que chez moi ce serait, au contraire, une espèce de communion des âmes qui n'entre pas dans la religion des hommes. Vous en comprenez la lettre et moi l'esprit. Mais... Regardez-moi bien en face...''
Maupassant, Bel-ami