vendredi 30 décembre 2011

The infrastructure will collapse







Les ambitions simplettes qu’engendre l’aspiration à la liberté n’ont pour moi jamais été sujettes à la convoitise. Elles riment avec obligations et contraintes, prix faramineux de l’obtention des droits de décision sur les détails superflus d’une fortune incertaine. Ces droits rarement envisagés m’ennuient presque autant que les discours que tiennent leurs possesseurs dissertant sans arrêt, les présentant comme l’objet même de la fierté de leur existence. Cette fierté n’est pour moi qu’une valeur à laquelle l'on nous prépare dès la naissance, que l’on convient d’acquérir à l’âge adulte et qui n’est certainement pas réfléchie par celui qui la porte, mais par les architectes de la société et de ses convenances qui désignent ceux qui y sont respectables.

Si cette infrastructure ne m’a jamais intéressée, ce n’est pas par un esprit distinct ni par des besoins différents de ceux de mes semblables (malheureusement), mais parce que la providence ne m’a laissé aucun choix, m’offrant ce que je désirais et pouvais obtenir dans la mesure du possible comme par hasard. « Coïncidence bien malheureuse. » Me direz-vous si vous êtes vous-même un individu convenable et détenteur d’une fierté gagnée par une certaine liberté de décision, « Mais quelle chance. » me répondront les exclus et les insatisfaits. Quant à moi, le sort m’a toujours convenu, le jugeant comme étant la moins pénible des alternatives. Peut-être aurais-je pu m’en défaire, mais l’idée, suscitant un plan beaucoup trop complexe, n’a jamais été digne d’une élaboration poussée.

Les gens libres ne sont-ils pas tous les mêmes de toute façon? Se butant chaque jour aux impossibilités propres à la réalité, cernés par toutes les décisions encombrantes s’entremêlant et brouillant leurs esprits fatigués par des responsabilités triviales? Et l’on me dit que ces corvées devraient permettre de goûter d’avantage le bonheur lorsqu’il se présente, mais je préfère laisser de plein gré cette paperasse morale aux intendants et accepter l’absence de saveurs comme la raison même de l’impartialité. La liberté n’est qu’une autre chose que l’être humain ne sait gérer et qui sans ordre structuré se transforme en nouvelle cage aux dimensions différentes où tout rêve est interdit.

"There’s those things you have to pay for
There’s things you get for free
It doesn’t cost a fortune
When the fortune pays for me"
Dragonette, Black Limousine




mardi 27 décembre 2011

Illusion of order





« À la voir, on se disait qu’elle devait avoir l’habitude de vaincre. (…) Certes elle était remplie d’aspirations généreuses et de nobles résolutions, mais elle cherchait sans y parvenir à trouver son équilibre et tout en elle était trouble et chaotique. Peut-être se montrait-elle trop sévère pour elle-même sans trouver la force de répondre à ses propres exigences. »
Dostoïevski,  Les possédés

photographies de Guy Bourdin,  Pentax Calendar, 1980




dimanche 18 décembre 2011

You're so easy to read, but the book is boring me





Les promesses ne devraient pas être un synonyme de bravoure et les siennes étaient bien loin de m’impressionner. Il attendait cependant que je lui rende ses serments qu’il aurait su retourner contre moi au moment opportun. Derrière ses intentions d’amour naïves et bienveillantes, son inconscient désirait sans doute tirer profit de son dessein. Il me plaisait bien après tout, le divertissement en valait la peine. Mais son rôle d’accessoire ne l’élevait pas au rang de voleur de promesses et il aurait été déçu de toute façon, du fait que je ne promets pas.

Le monde, regorgeant d’hommes, ne lui a pas laissé la chance d’être le seul et l’unique et ses ambitions de distinction pathétiques étaient irréalisables, dû à son statut d’humain. Il était bien loin du but car même s’il avait été une exception et que j’avais pu lui promettre le monde, j’aurais gardé ce monde pour moi, afin d’en détruire le satellite et mes semblables. Il semblait croire que j’avais atteint l’unicité qui m’aurait permis de lui en demander autant, sans se douter que je ne lui faisais aucune requête et que comme lui, je rêvais d’individualité.

J’ai dû le remplacer; l'embarras du choix, cette éternelle source d'insatisfaction. 

« La parenté est au héritages : L’amour est un exercice du corps ; la seule jouissance intellectuelle est la vanité »
Alfred de Musset, la Confession d’un Enfant du Siècle




mardi 6 décembre 2011

Hello darkness, my old friend




Les différences mineures ne sont pas des distinctions de l’âme. Si j’étais la reine du monde restreint auquel j’appartenais, c’était par une synthèse de toutes les différences mineures auxquelles mon entourage aspirait. Amplifiées de tous les côtés, portées sous formes de parures et épiques de mille et une façons.

Les différences mineures sont ce dont tout le monde parle. Des problèmes aux aventures. Elles sont à travers lesquelles l’égoïsme et l’égocentrisme se reflètent par la fidélité et la confiance, par l’amitié et la compassion. En tant que reine du monde, l’on se doit d’en être une rétrospective, un semblant, version grandiose. L’on se nourri d’envie et de jalousies de toutes sortes, de mutineries échouées et de batailles que l’on gagne toujours et injustement. Mais vient le temps où l’envie du monde que l’on sali d’une désinvolture amère n’est plus consommable, avarié par nos propres vices.

Alors quoi de mieux que de renier nos origines et de cracher sur notre passé. D’éliminer les dites amitiés unes par unes ainsi que les valeurs sottes et lourdes auxquelles elles nous attachent. Pourquoi ne pas souiller toutes les idées reçues au profit de l’expérience de l’individualité à l’état pur. La pensée unique, la distinction de l’âme. Peu importe la tache laissée sur le monde, faire disparaître ceux qui gravitent.


« L’amour de l’humanité est une abstraction à travers laquelle on aime guerre que soit. »

Dostoïevski, l’Idiot