mardi 24 janvier 2012

Soul Meets Body






L’exil devrait être l’objet même de mes intentions. Le père de mes inspirations avortées et le fruit d’un esprit trop digne pour faire face aux humiliations l’attendant en société. Un corps ravagé de cicatrices dégoûtantes, peut-être, une conscience salie par des idées sans couleurs et les taches du temps, je l’avoue, mais une âme ne cherchant qu’esthétisme et équilibre est une pureté que j’aurais tort de ne pas m’accorder. Cependant, pour seulement aspirer à cette quête, l’exil est de mise. L’isolement de l’âme aux profits des parures les plus fantasques, la perte quasi totale du corps, qu’importe de toute façon? Tout pour éloigner les regards curieux de la vérité, tout pour distraire et amuser ceux qui essaient de disperser la brume des mes accessoires extravagants.

Pour qu’une étoffe soit indéchirable, il la faut tissée de dignité et de discipline. Trompeuse et prenant les couleurs voulues, cette composition passe subtilement pour de la vanité mariée à n’importe quel caprice de jeune femme. Les dits alliés comme les adversaires n’y voient qu’excès et perdition, ne soupçonnant l’expatriation de l’âme dans une contrée lointaine. Loin de toute idée chaotique, peut-être pourra t-elle retrouver une certaine impartialité, et redonner à ses créations l’équilibre et la symétrie qui les drapera d'un sens. 

Mais pour aspirer à cette quête, l’exil est de mise. Une solitude tordue qu’une douleur inévitable vient briser. Les parures ne deviennent alors que textiles et pierreries ordinaires, ne protégeant plus l’âme des regards indiscrets, la salissant tels le corps et la conscience avant elle et n’en faisant qu’un autre débris. Un simple désir d’abandon refoulé, voilà ce qu’est ce sentiment de solitude douloureux, gâchant à tout jamais l’exil et rendant à l’âme les humeurs communes qui n’élèveront jamais aucune idée au rang d’œuvre d’art. Je suppose donc que je suis perdue.


« Le Prince André pensait et disait que le bonheur n’est jamais que négatif, mais il le disait avec une nuance d’amertume et d’ironie. C’était comme si en parlant ainsi il voulait exprimer une autre idée, celle que toutes les aspirations ne nous ont été données que pour nous faire souffrir en nous laissant insatisfait. »
Tolstoï, Guerre et Paix





samedi 21 janvier 2012

Introspection








«Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l’âme qui se donne toute entière, poésie et charité, à l’imprévu qui se montre, à l’inconnu qui passe.

Il est bon d’apprendre quelques fois aux heureux de ce monde, ne fût-ce que pour humilier un instant leur sot orgueil, qu’il est des bonheurs supérieurs aux leurs, plus vastes et plus raffinés.»

Baudelaire, Les Foules, Le Spleen de Paris