dimanche 5 février 2012

Space Oddity



 



Les évidences banales peuvent être des plus douloureuses. Celle-ci est le seul aboutissement d’un labyrinthe sans issue. Sans être une sortie digne de ce nom, cette certitude se fait à chaque jour plus claire et aujourd’hui, il est impossible de peindre la réalité des couleurs de mon choix. Ma situation était, longtemps avant cela, dépourvue d’échappatoire. Sans l’avoir parfaitement acceptée, ses faits étaient un tatouage vulgaire sur un passé que je rêvais de changer. Voilà la majeure différence entre hier et aujourd’hui.

Soit un mécanisme ingénieux m’accordant la chance de traverser le temps. Chose impossible qui m’aurait permis de revenir en arrière. J’aurais accepté le voyage volontiers, désireuse de modifier beaucoup plus que le strict nécessaire. Non seulement l’effacer, Lui, mais également ses idées que j’ai pris tant de soin à ingurgiter afin de pouvoir voir le monde à sa façon ; de diverses teintes de gris. Parmi les nombreuses émotions qu’un être de ce genre peut susciter, la peur est celle qui prédomine et qui, par la même occasion, blesse la dignité que j’aurais pu avoir. Peut-être aurais-je su l’apaiser, à l’aide de la machine à remonter dans le temps.

Un tel voyage est aujourd’hui impensable ; ses doctrines sont devenues les miennes. Les efforts méticuleux que je faisais pour le comprendre et qui de son temps n’ont connu leur but ont finalement un sens. Ces années de retard ne font qu’en souligner la valeur et si j’ai été triste de constater que mon habileté aiguisée à voir les couleurs diminuait, je désapprouve aujourd’hui ceux qui les distinguent. Leur souvenir est suffisant et presque plus limpide que leur présence. La peur que j’ai à Son égard n’effacera aucune évidence. Il était nécessaire.

« Tu n’as pas besoin de mon pardon, pas plus que je n'ai besoin du tien. Que tu me pardonnes ou non, le souvenir de chacun de nous restera comme une plaie dans l’âme de l’autre »
Dostoïevski, Les Frères Karamazov